Mauritanie: Le retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali, vingt ans après la crise de 1989

Publié : 1/Nov/2009
Source: Robert Schuman Centre for Advanced Studies, European University Institute

Par Abderrahman EL YESSA

Résumé:

En 1989, un incident sur la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie déclenche une spirale d’émeutes xénophobes dans les deux pays. Les violences ont mené à la mise en place d’un pont aérien aux allures de vaste échange de populations. Un conflit « classique » de coexistence entre nomades et sédentaires évoluait ainsi en une crise ouverte entre deux Etats. En Mauritanie, les autorités ont procédé à de vastes rafles, suivies d’expulsions massives, le gouvernement décidant d’expulser outre les Sénégalais, ses propres nationaux supposés « originaires » du Sénégal. Quelques dizaines de milliers de personnes se réclamant de la nationalité mauritanienne ont ainsi été refoulées au-delà de la frontière commune, y compris au Mali. Le problème des « réfugiés » prenait ainsi naissance, devenant, au fil des ans, un thème récurrent du débat interne en Mauritanie. Chassés de leur pays, les réfugiés n’arrivaient toutefois pas en terre inconnue puisqu’ils avaient l’habitude de traverser le Fleuve dans les deux sens, possédant des terres et des relations de famille de part et d’autre d’une frontière que les populations locales perçoivent souvent comme artificielle. Ce rapport de recherche propose de tenter une analyse des causes et des déterminants, mais aussi des conséquences juridiques et des perspectives de règlement de cette question. Au-delà des explications dominantes véhiculées par les médias, axées sur une supposée opposition atavique entre nomades sahariens et sédentaires noirs, l’hypothèse est qu’il s’agit d’un phénomène complexe, puisant ses racines autant dans les déséquilibres écologiques que dans la lutte pour l’accès aux ressources, notamment foncières, et la concurrence de nationalismes exclusifs.

Abstract:

In 1989, an incident on the border between Senegal and Mauritania started a spiral of xenophobic riots on the both parts. Because of the violence of the events, a airlift for exchanging the populace was settled. A classical conflict between nomad and “sedentary people” turned into an opened crisis between the two countries. In Mauritania, authorities have massively arrested and deported Senegalese people but among those, Mauritanian were also expelled because of their presumed Senegalese origin. Around 10.000 Mauritanian citizens have been expelled through the common border as well as into Mali. The issue of the “Mauritanian refugees” was born and will last for years, constituting a recurrent polemical issue for Mauritanian politics. The expelled refugees, were not living on an unknown land, before the conflict, they were used to go back and forth the River, owing lands and having family ties on both sides of the border, often perceived by them as artificial. The research report analyses root causes and determinants of the issue as well as its legal consequences and perspectives for its resolution. The Media tend to spread a dominant explanation of the conflict which is based upon atavistic oppositions between Saharan nomads and black “sedentary people”, while this research report hypotheses is that a more complex explanation is needed, integrating both the loss of balance in the ecological system and for accessing fundamental resources, lands i.e., and the competition between exclusive nationalisms.

Télécharger au site web de l’EUI: http://cadmus.eui.eu/bitstream/handle/1814/10794/CARIM_RR_2009_11.pdf

Thèmes: Apatridie, Discrimination, Ethnique/Raciale/Religieuse, Mass Expulsions, Nationalité et des réfugiés
Les régions: Mauritanie
An: 2009