Le chemin laborieux des Makondé vers la nationalité Kenyane

Publié : 9/Nov/2016
Source: CRAI blog

Par Diana Gichengo, Membre de la Coalition sur la Droit à la Nationalité et l’Apatridie en Afrique

La communauté Makondé au Kenya s’est installée dans le pays durant les années 1940s principalement comme ouvriers dans les plantations de sucre et de sisal en provenance de la cote de la Mozambique, la majorité d’entre eux s’est installée en Tanzanie tandis que le reste est resté en Mozambique. À cause du vide juridique et politique, les Makondé n’étaient pas reconnus en  tant que citoyens durant l’indépendance.

Un fait imputable à la discrimination raciale et ethnique; ceci du fait que seul 42 tribus considérées autochtones du Kenya, les colons indiens et anglais étaient considérés comme citoyens. Ainsi, les Makondé ont vécus pendant cinquante ans en tant qu’apatrides.

Il est important de mentionner que les Makondé ont voté lors des premières élections générales du Kenya indépendant. Les gouvernements successifs kenyans leur ont toujours promis la  nationalité. A ce jour; il y a eu trois tentatives du gouvernement d’enregistrer les Makondé ou de leur doter de documents d’identité mais aucune de ces tentatives n’a résolu leur statut d’apatrides.

La Constitution du Kenya (2010) a essayé de résoudre le problème d’apatridie. A cet effet; le Parlement a adopté la loi sur la nationalité et l’immigration de  2011 pour régir les problèmes d’apatridie. Cette loi dispose qu’au bout de 5 ans, tous les apatrides doivent être enregistrés en tant que citoyens kenyans. En Juillet 2014; l’assemblée du comté de Kwale a saisi le Président pour qu’il reconnaisse les Makondé en tant que citoyens et leur délivre des documents d’identité.

en 2014, en réponse à la requête, le président a établi un comité interdépartemental sur l’apatridie pour non seulement examiner la revendication des Makondé mais aussi les autres apatrides vivant sur la cote kenyane. Y compris les descendants des Pemba, des Seychelles, des Rwandais et des Burundais. Jusqu’à ce jour, le rapport de ce comité n’a pas été soumis. Les Makondé appuyés par les organisations de la société civile dirigées par la Commission Kenyane des Droits de l’Homme, a fait déposer par des parlementaires une question orale devant l’assemblée nationale et le Senat. Ces questions orales sont demeurées sans réponse.

La période de cinq prescrite par la loi sur la nationalité est arrivée à terme le 30 aout sans que les Makondé ou tout autre apatride n’aient reçu l’enregistrement promis par la loi.

À la suite de leur calvaire et de leur espoir décroissant d’obtenir la reconnaissance de leur nationalité Kenyane, la communauté Makondé (qui en est à sa cinquième génération) avec l’aide de la Commission Kenyane des Droits de l’homme et d’autres organisations de la société civile ont engagé un difficile parcours baptisé “Marche contre l’apatridie”. Le 10 octobre 2016, ils ont marché de Kwale au Palais de Nairobi pour demander une audience avec le Président, après plusieurs vaines tentatives de rencontrer les autorités pertinentes au sujet de l’enregistrement de ceux-là classés comme apatrides.

Cette marche été un parcours symbolique qui démontre la difficile lutte que les Makondé mènent sans obtenir ce qui semble ordinaire. Cela a été une quête qui marque l’esprit la vision et le cœur de chaque Kenyan sur la nature dégradante de l’apatridie. Cette marche a aussi été une opportunité de montrer leur culture au monde avec leur artisanat et leurs instruments de musique qui sont représentatives de leur grande contribution à la culture et au patrimoine du Kenya. A la première journée de la marche, la période d’enregistrement a été prorogée pour une période de trois ans, A coup sûr, la pression avait marché !

Thèmes: Apatridie
Les régions: Kenya
An: 2016