{"id":33736,"date":"2021-11-11T19:18:06","date_gmt":"2021-11-11T19:18:06","guid":{"rendered":"http:\/\/citizenshiprightsafrica.org\/?p=33736"},"modified":"2021-11-12T10:59:38","modified_gmt":"2021-11-12T10:59:38","slug":"birth-registration-drive-brings-congos-indigenous-in-from-the-shadows","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/citizenshiprightsafrica.org\/fr\/birth-registration-drive-brings-congos-indigenous-in-from-the-shadows\/","title":{"rendered":"Une campagne d\u2019enregistrement des naissances sort de l\u2019ombre des autochtones du Congo"},"content":{"rendered":"<p>Une campagne men\u00e9e par la R\u00e9publique du Congo et le HCR fournit des actes de naissance \u00e0 des milliers de Congolais confront\u00e9s au risque d\u2019apatridie, notamment des autochtones.<\/p>\n<p>Par H\u00e9l\u00e8ne Caux \u00e0 Djambala, R\u00e9publique du Congo<\/p>\n<p>Marie ne conna\u00eet pas son \u00e2ge mais para\u00eet avoir la trentaine. Elle n\u2019a jamais dispos\u00e9 d\u2019acte de naissance ni d\u2019aucun autre document d\u2019identit\u00e9. Elle n\u2019a non plus jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Elle vit pauvrement avec ses six enfants et son mari Damas \u00e0 Vono, un petit village de la r\u00e9gion des Plateaux en R\u00e9publique du Congo, \u00e0 40 kilom\u00e8tres de Djambala, la principale ville.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019aimerais bien chercher un emploi \u00e0 Djambala, comme femme de m\u00e9nage par exemple, et pouvoir soutenir davantage ma famille. Mais il faut disposer de papiers d\u2019identit\u00e9 pour \u00eatre embauch\u00e9e \u00bb, indique-t-elle sur un ton d\u00e9faitiste. Comme Marie, la plupart des chasseurs-cueilleurs autochtones du village ne disposent pas d&rsquo;actes de naissance qui constituent pourtant la principale preuve l\u00e9gale d\u2019existence.<\/p>\n<p>Pour Marie, chaque jour est synonyme de survie. Avec son mari, ils parcourent des kilom\u00e8tres \u00e0 pied pour chercher des feuilles de manioc dans la for\u00eat, ainsi que des asperges, des champignons et de la canne \u00e0 sucre. Avec le peu qu\u2019ils parviennent \u00e0 vendre, ils ach\u00e8tent parfois de la viande, de l\u2019huile et du sel pour les enfants. Mais certains jours, la famille manque de nourriture.<\/p>\n<p>\u00ab Nous sommes dans une situation tr\u00e8s, tr\u00e8s pr\u00e9caire. Je me bats tous les jours pour trouver de la nourriture pour la famille. Jour apr\u00e8s jour. Mais mes enfants me donnent l\u2019\u00e9nergie de me battre pour eux \u00bb, explique-t-elle d&rsquo;une voix chevrotante. Marie n&rsquo;a pas pu inscrire ses enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole parce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas d\u2019actes de naissance requis au Congo et dans de nombreux autres pays africains pour l\u2019inscription. Ils se rendent plut\u00f4t dans la for\u00eat avec elle pour trouver de la nourriture et du bois de chauffage.<\/p>\n<p>\u00ab Ils marchent les pieds nus, y compris \u00e0 l\u2019\u00e9cole qu\u2019ils ont fr\u00e9quent\u00e9e pendant trois jours, avant d\u2019\u00eatre mis \u00e0 la porte faute de papiers d\u2019identit\u00e9 \u00bb, raconte-t-elle.<\/p>\n<p>Une fois de retour \u00e0 la maison, Marie accomplit sa s\u00e9rie de t\u00e2ches quotidiennes, notamment la cuisine et le nettoyage de la maison. \u00ab C\u2019est trop. Je suis en train d\u2019atteindre mes limites \u00bb, murmure-t-elle. La pauvret\u00e9 a \u00e9galement eu raison de Damas, qui ne peut pas aider sa femme autant qu&rsquo;il le voudrait en raison de son mauvais \u00e9tat de sant\u00e9. \u00ab Nous n\u2019avons pas assez de nourriture, nous n\u2019avons pas d\u2019argent pour acheter des v\u00eatements. Il n\u2019y a rien \u00bb, se d\u00e9sole-t-il.<\/p>\n<p>Ce groupe autochtone a longtemps v\u00e9cu en marge de la soci\u00e9t\u00e9. Ils sont victimes de d\u00e9nigrement en raison de leur petite taille et de leur mode de vie traditionnel, malgr\u00e9 une loi adopt\u00e9e en f\u00e9vrier 2011 qui promeut et prot\u00e8ge les droits des populations autochtones, notamment le droit \u00e0 la citoyennet\u00e9 et le droit aux documents d\u2019\u00e9tat civil. Leur connaissance approfondie des plantes m\u00e9dicinales et des arbres sacr\u00e9s de la savane et de la for\u00eat est \u00e9galement souvent n\u00e9glig\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Pour certains Bantous du Congo &#8211; le principal groupe ethnique &#8211; les autochtones ont \u00e9t\u00e9 et sont encore litt\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme des sous-hommes. Ils ont souvent \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme domestiques et mis au travail dans les champs, entre autres t\u00e2ches \u00bb, explique Cyr Maixent Tiba, conseiller en droits de l&rsquo;homme et en promotion des peuples autochtones au minist\u00e8re de la justice \u00e0 Brazzaville. Il est \u00e9galement le point focal du minist\u00e8re en mati\u00e8re d&rsquo;apatridie, et lui-m\u00eame bantou.<\/p>\n<p>\u00ab Le fait d\u2019\u00eatre constamment mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart a engendr\u00e9 un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 chez les autochtones du Congo, ainsi qu\u2019un repli sur soi \u00bb.<\/p>\n<p>La marginalisation, combin\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9loignement de leurs communaut\u00e9s par rapport aux institutions et aux services gouvernementaux rend difficile l\u2019enregistrement de leurs enfants \u00e0 la naissance. Cela complexifie encore plus le long processus d\u2019obtention de pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>En outre, certaines femmes autochtones rapportent avoir d\u00fb payer des frais \u00e0 la maternit\u00e9 pour faire enregistrer leurs nouveau-n\u00e9s, un service pourtant gratuit selon la loi. Certains chefs de village demandent \u00e9galement de l\u2019argent pour inscrire les noms des autochtones \u00e0 la liste des personnes autoris\u00e9es \u00e0 demander un acte de naissance. Trop pauvres pour payer, nombreux sont ceux qui renoncent \u00e0 faire enregistrer leurs enfants.<\/p>\n<p>Les communaut\u00e9s autochtones du Congo ne sont pas les seules \u00e0 souffrir de cette situation. Dans le monde entier, des millions de personnes ne peuvent pas prouver leur citoyennet\u00e9 et se retrouvent exclues de l&rsquo;\u00e9ducation, des services m\u00e9dicaux, des emplois formels. Dans certains cas, elles ne peuvent pas se d\u00e9placer librement. Gr\u00e2ce \u00e0 sa campagne #JEXISTE pour mettre fin \u00e0 l\u2019apatridie, le HCR, l&rsquo;agence des Nations Unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s, entend veiller \u00e0 ce qu&rsquo;ils disposent de documents d&rsquo;ici 2024.<\/p>\n<p>Au Congo, un recensement de la population effectu\u00e9 il y a trois ans a permis d\u2019identifier quelque 199 400 personnes &#8211; dont au moins 25 000 autochtones &#8211; d\u00e9pourvues d\u2019actes de naissance, sur une population totale de pr\u00e8s de 5,8 millions d\u2019habitants. Agissant sur la base de ces donn\u00e9es, le gouvernement a lanc\u00e9 en 2020 une vaste op\u00e9ration \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays, avec le soutien du HCR, pour d\u00e9livrer des actes de naissance.<\/p>\n<p>Des op\u00e9rations mobiles ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es pour enregistrer les personnes et d\u00e9livrer les documents. En septembre 2021, 30 000 actes de naissance avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9s, dont 5000 \u00e0 des autochtones. \u00ab L\u2019objectif est de faire en sorte que chaque Congolais dispose d\u2019un acte de naissance. Et les autochtones sont des Congolais \u00bb, souligne Justin Assomoyi, directeur de la promotion des droits des autochtones au minist\u00e8re de la Justice.<\/p>\n<p>Pour les autochtones, recevoir un acte de naissance et des documents d&rsquo;identit\u00e9 constitue un passeport pour une nouvelle vie. \u00ab Il faut avoir des documents d\u2019identit\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019apatridie qui est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9e comme une grave violation des droits de l\u2019homme \u00bb, souligne Geodefroid Quentin Banga, expert en apatridie du HCR \u00e0 Brazzaville. \u00ab Mais au-del\u00e0 des documents, il faut \u00e9galement prendre en compte l\u2019aspect socio-\u00e9conomique \u00bb.<\/p>\n<p>Mawaki Ngandibi, 24 ans, ne pouvait pas \u00eatre plus heureux apr\u00e8s que sa famille ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette initiative. En septembre, lui et sa femme Nadine ont re\u00e7u un certificat de naissance pour leur fils de 18 mois, Doud\u00e9, lors d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie officielle \u00e0 Djambala. \u00ab Je suis content que mon enfant ait un acte de naissance. Cela nous permettra de l\u2019envoyer \u00e0 l\u2019\u00e9cole quand il sera grand \u00bb, indique-t-il.<\/p>\n<p>Marie et Damas se sont inscrits quelque temps auparavant pour obtenir des documents d\u2019identit\u00e9. Ils esp\u00e8rent que leur famille obtiendra bient\u00f4t ses papiers d\u2019identit\u00e9 afin qu\u2019eux aussi soient en mesure de sortir d\u2019une vie d\u2019exclusion et d\u2019offrir un meilleur avenir \u00e0 leurs enfants.<\/p>\n<p>\u00ab Ma vie est bris\u00e9e, g\u00e2ch\u00e9e \u00bb, lance Damas. \u00ab J\u2019aimerais pouvoir obtenir les actes de naissance de mes enfants pour qu\u2019ils puissent \u00eatre admis \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Tous mes espoirs reposent sur mes enfants \u00bb.<\/p>\n<p>Lire au site web de l&rsquo;HCR: <a href=\"https:\/\/www.unhcr.org\/fr\/news\/stories\/2021\/11\/618e3023a\/campagne-denregistrement-naissances-sort-lombre-autochtones-congo.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.unhcr.org\/fr\/news\/stories\/2021\/11\/618e3023a\/campagne-denregistrement-naissances-sort-lombre-autochtones-congo.html<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une campagne men\u00e9e par la R\u00e9publique du Congo et le HCR fournit des actes de naissance \u00e0 des milliers de Congolais confront\u00e9s au risque d\u2019apatridie, notamment des autochtones. Par H\u00e9l\u00e8ne Caux \u00e0 Djambala, R\u00e9publique du Congo Marie ne conna\u00eet pas son \u00e2ge mais para\u00eet avoir la trentaine. 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